Publiée le 10 février 2026

Actualité

Trésor d'archéo : un agriculteur découvre des ossements

En septembre 2025, la découverte fortuite d’un sarcophage mérovingien dans une parcelle agricole du sud de la Charente-Maritime a mobilisé le Service Archéologique départemental.

La sépulture fouillée, les ossements sont assez mal conservés, mais l’on discerne à l’ouest, trois parties inférieures de crânes - © Departement17

un agriculteur découvre des ossements

La sépulture qui suscite notre intérêt aujourd’hui est un sarcophage en pierre dont la dalle de couverture a été déplacée au moment des labours d’une parcelle agricole. Le propriétaire de la parcelle, intrigué face à des ossements qu’il juge humains, fait alors appel à la gendarmerie qui prélève un ossement pour l’envoyer en analyse. Après plusieurs mois d’attente, l’inventeur (personne ayant fait une découverte fortuite de vestiges) décide de se tourner vers la DRAC (Service Régional de l’Archéologie - site de Poitiers) qui sollicite une anthropologue du Service Archéologique Départemental pour intervenir rapidement sur la tombe. 

LA DÉCOUVERTE

Nous partons en Egypte ? Non, dans le sud de la Charente-Maritime. Mais ici point de faste, le type de sarcophage qui nous intéresse est très fréquent au haut Moyen-Âge. Il est ici en calcaire, de forme trapézoïdale et mesure 1,65 m de longueur pour 0,35 m de largeur aux pieds et 0,47 m à la tête (chevet). Sous son couvercle et après une fouille minutieuse, se trouvaient 3 jeunes individus inhumés entre les Ve et VIe siècles ap. J.-C. 

La sépulture lors de l’intervention des archéologues du Département

 

La sépulture fouillée, les ossements sont assez mal conservés, mais l’on discerne à l’ouest, trois parties inférieures de crânes

 

Ce que révèle l’étude des ossements

L’étude réalisée sur les ossements (une fois ceux-ci prélevés et nettoyés) indique que les 3 inhumés étaient âgés de 5-6 ans, 8-9 ans et d’entre 15 et 18 ans au moment de leur décès.
Ce type de sépulture collective se rencontre très communément dans les premiers siècles du Moyen Âge (entre les Ve et VIIIe siècles). Ces « mangeurs de chairs » (étymologie du mot sarcophage) étaient destinés à recevoir les dépouilles de plusieurs personnes. Dans le cas présenté ici, un premier individu a été inhumé. Une fois ses chairs décomposées, son sarcophage a été rouvert et ses os écartés au sein de la cuve (réduction) pour y accueillir un nouveau défunt qui subira le même traitement lors du dépôt d’un troisième corps. En outre, la décomposition des chairs en espace vide explique que les os, dont les ligaments n’assurent plus la connexion, se « baladent » dans la cuve. La fouille d’une telle sépulture est donc particulièrement minutieuse puisqu’il s’agit de conserver la position exacte des ossements selon une logique qui n’est plus celle de l’anatomie. 

Pourquoi les crânes sont tournés vers l’ouest ?

À noter que presque systématiquement, les crânes sont redisposés au chevet de la sépulture, à l’ouest. Ces derniers étant les plus représentatifs de la personne, il importe donc à ceux qui pratiquent les réductions de disposer têtes à l’ouest. Ainsi, lors du Jugement Dernier, les défunts sortant de leur dernière demeure seraient immédiatement situés face à l’est, face à Jérusalem, face au Christ.

Exemple d'une autre sépulture mieux conservée :

À titre de comparaison, sur sépulture mieux conservée, un sarcophage de Saint-Saturnin-du-Bois « Rue de l’église » renfermant quatre individus

 

Autour des pratiques funéraires mérovingiennes

Un sarcophage comme celui sur lequel l’équipe du Département est intervenue nous donne donc des informations précieuses sur les pratiques funéraires de l’époque mérovingienne. L’acte de réduire répond à un besoin concret d’espace dans le linceul de pierre, de rassemblement de plusieurs individus à un même endroit et donc du lien qui les unit et d’une facilitation entre l’âme du défunt et l’ultime face à face avec le Christ. La pratique de la réduction nous montre que l’intégrité du corps n’est pas tant recherchée, contrairement à celle de l’âme. Pour faciliter le Jugement de celle-ci face au Christ, on prend soin de conserver une logique rituelle en disposant les crânes à l’ouest. 

Des analyses encore en cours

La sépulture est encore en cours d’étude, des restes de matériaux organiques ayant été décelés lors de la fouille. Ces derniers sont pris en charge dans un laboratoire de conservation-restauration. Ils comprenaient du bois, du cuir, des éléments textiles. Leur étude nous permettra de reconstituer partiellement la tenue des défunts et le mobilier que l'on retrouve dans la tombe (appelé "viatique" en archéologie). 

Des traces d'outils 

Enfin, le sarcophage lui-même est également intéressant puisqu’outre ses dimensions et sa forme, souvent représentatives d’une époque, nombre de traces d’outils sont visibles sur celui-ci. On discerne ainsi des impacts de pic pour dégrossir, de polka pour aplanir et de broche en finition dans les angles. Ces outils sont fréquemment utilisés dès les premiers siècles du Moyen Âge dans la confection des cuves de sarcophages.

 Traces d’outils au pied de la cuve (pic / polka / broche)