Publiée le 27 avril 2020

Actualité

Trésor d'archéo

Par sa forme carénée et sa facture soignée, ce vase nous renvoie indiscutablement aux productions céramiques d’une période de la fin de la préhistoire nommée Néolithique moyen.

© departement17

Objet du Mois

Vase Néolithique

Date et Lieu de la Découverte

Avril 2019, le site de La Bassée, commune du Château d’Oléron

Par Qui ?

Le service archéologique du Département

le site de La Bassée au Château d’Oléron

Depuis 2015, une équipe du Service archéologique du Département arpente l’estran de l’ile d’Oléron et ses abords pour inventorier les sites archéologiques préservés le long du littoral mais menacés par l’évolution constante du trait de côte.

Les marais, l’avancée des dunes... sont venus recouvrir au fil du temps des installations non loin du rivage mais qui, avec l’érosion, se retrouvent aujourd’hui entre terre et mer. C’est ainsi que bien souvent, des vestiges archéologiques enfouis dans les marais ou sous les dunes, ne sont accessibles que sur l’estran.

Des outils en pierre, d’ossements de faunes, voire des traces de pas, ou des objets en bois peuvent être mis au jour. Dans d’autres cas, il s’agit de vestiges construits, illustrant la présence d’un village ou lieu d’activités.

C’est le cas de l’habitat préhistorique de La Bassée au Château d’Oléron où a été découvert le vase, qui se trouve à cheval sur un secteur de marais destiné au développement de bassins ostréicoles, et sur l’estran. La partie marais n’est pas accessible à l’archéologie. En revanche, la portion conservée sur l’estran peut être fouillée à marée basse. Ainsi, une vaste enceinte matérialisée par deux fossés fut mise au jour et délimitait l’aire d’habitat. C’est le vase qui fut découvert dans un de ces fossés qui a permis de dater le site.

Portion du fossé repéré sur l’estran et à l’extrémité duquel fut retrouvé le vase. - © departement17

Quelques traces de feu en surface suggèrent que le vase fut léché par les flammes à plusieurs reprises. Cela pourrait témoigner d’un usage culinaire du pot.

le vase

Retrouvé écrasé au fond d'un fossé, le vase présente une carène haute et un fond rond ainsi qu’un diamètre de 19cm à l’ouverture. Il est sans décor. Dans son ensemble, ce vase est très bien conservé, la régularité et la finesse des parois sont remarquables. L’épaisseur varie entre 3 et 5 millimètres. Une observation effectuée à la loupe binoculaire permet de déterminer au sein de la pâte d’argile des inclusions de quartz et d’éléments organiques indéterminables, de quelques éléments de micas, de fragments de coquilles marines et d’argile carbonisés.

Les traces de façonnage du pot indiquent qu’il fut monté à l’aide de colombins de pâte disposés les uns sur les autres. Des traces de doigts correspondant au travail destiné à effacer le montage des colombins sont perceptibles à l’intérieur du vase. En revanche, il a été porté un soin particulier au traitement de la surface externe du pot : les traces de lissage, raclage, d’aplats ou bien de bourrelets de pâte, souvent perceptibles, ont été soigneusement effacées. Toujours à la loupe binoculaire, il est possible d’observer des séries de stries peu profondes et parallèles attestant pour cela de l’utilisation répétée d’un outil rigide contre la surface du vase (galet lisse ou outil en os). Ce travail appelé brunissage ou polissage offre un intérêt esthétique et pratique. Il est destiné à rendre la pâte brillante et plus étanche.

Cette hypothèse pourrait être alimentée par une nouvelle série d’analyses innovantes destinées à mettre en évidence la présence de lipides conservés à l’intérieur de la poterie. Ce travail, qui fait l’objet d’une thèse à l’Université de Nice, a pour objectif de déterminer également la nature de ces lipides (graisses animales type lait, gras ou tout autre). Pour cela, le contenu du vase de La Bassée sera comparé à plusieurs autres sites répartis sur le littoral atlantique entre l’estuaire de la Gironde et la Bretagne. Parmi eux, le site d’Ors situé à 600m plus au nord et également fouillé par le service archéologique du Département.

L’enceinte de La Bassée offre l’opportunité de connaitre les modes de vie des premiers villageois agriculteurs et éleveurs de la région.

Par sa forme carénée et sa facture soignée, ce vase nous renvoie indiscutablement aux productions céramiques d’une période de la fin de la préhistoire nommée Néolithique moyen (4000-3500 avant notre ère). C’est l’époque de la construction du fameux dolmen du site d’Ors. Or, si les sites funéraires comme ce dolmen sont connus, ce n’est pas le cas des habitats datés de cette époque. Seuls quatre ont été recensés et explorés de la Bretagne à l’Aquitaine. L’enceinte de La Bassée est le 5e et offre l’opportunité de connaitre les modes de vie des premiers villageois agriculteurs et éleveurs de la région.